Ah ! c’était le bon temps...
Ah ! c’était le bon temps, ces années 1944-45 ; les périodes de chasses variaient en fonction des opportunités. Tenez, ces pauvres républicains espagnols, antifranquistes (ça va de soi…), qui sont présentés à chaque janvier de notre époque comme de pauvres êtres maltraités par le destin.Au choix : combattants de la liberté, soldats de la démocratie, hommes ne voulant subir le joug franquiste, qui devinrent des remparts contre la bête… Et ainsi, n’ayant pu massacrer impunément en Espagne se crurent autorisés à massacrer des honnêtes gens, en France, que le gaullisme s’appliquait à nommer « collabos ». Espagnols, mais connaisseurs de la langue française, ils firent feu sur tout ce qui bougeait et pour cela devinrent des résistants.
C’est vrai, de bons connaisseurs de la langue française, mais mauvais en calcul de dates. Pauvres pommes, prenant pour argent comptant les appels au meurtres de ces bons apôtres gaullistes, qui bons rédacteurs, eux, depuis Alger firent savoir aux populations démocrates qu’il suffisait d’attendre un peu, et que la chasse serait permise en toute impunité, en temps et heure. Suffisant pour cela d’utiliser le mot de passe : Exécutions sommaires.
En effet dans les consignes gaullistes « pour l’insurrection de 1944 » (Alger 15 octobre 1943), il est dit « Toute la période précédant l’insurrection devra être marquée par une intensification progressive des exécutions des traîtres. La question se pose de savoir s’il est souhaitable que l’insurrection triomphante soit marquée par des exécutions sans jugement. Nous proposons la méthode suivante […] ».
La méthode c’était tout bonnement le mode d’emploi du parfait zigouilleur, qui en bon ouvrier en démocratie, ne risquera absolument rien pour ces œuvres de salubrité publique que sont ces salopards de collabos expédiés ad patres. Il y avait un os. Selon la méthode de lecture il a pu se produire des erreurs. Erreurs humaines, ces pauvres républicains espagnols n’avaient pas encore compris que les bienfaits de la démocratie résistancialiste est chatouilleuse sur les principes. Ces principes étaient simple : avant, pendant et nullement après la Libération, il était autorisé de jouer au justicier.
Voici donc comment des pieds nickelés ibères, à cerveau certifiée semelles cloutées, se prirent les pieds dans le tapis. Peu de temps avant la fameuse libération, il y a trois compères issus d’un maquis organisés par une vingtaine d’Espagnols à Saint-Long-les-Mines, près de Dax (Landes). Il y avait un chef. Un nommé Quintial François, qui bien sûr se faisait appeler « commandant François ». Ce maquis n’a eu aucune activité anti-allemande, mais davantage porté sur les populations françaises. C’est plus facile, oui ?
Le hic était que leurs exactions furent commises APRÈS la libération. Ce qui ne fut pas d’un meilleur goût, mais on peut invoquer une mauvaise lecture du texte gaullo-algérois. Bien entendu, ce « commandant François » avait à sa botte trois compères que l’on désignera comme ses lieutenants.
A présent soyons sérieux, et ne rions pas avec l’exposé de leurs méfaits, qu’un juge n’eut aucune peine à établir. Il se permirent de liquider cinq personnes, n’ayant rien à voir avec les termes de la directive gaulliste. On peut se tromper, après tout, les temps étaient à la confusion des genres. Ainsi successivement, une dame Peyrelongue, femme d’un prisonnier. Messieurs Darrigan père et fils, Larbère et sa fille, Mme Bayle, Mme Lordon et sa fille, M. Bonneau et M. Gray étaient arrêtés et amenés au maquis où ils étaient interrogés par le « commandant François ».
Respectant les formes « François » était respectueux des instructions.
La première Mme Peyrelongue, était fusillée. MM. Bonneau et Gray étaient arrêtés et amenés au maquis. Toujours interrogés par François. Puis MM. Larbère, Jean Darrigan et Charles Darrigan, Mme Bayle, femme d’un prisonnier, à leur tour exécutés.
Les corps furent exhumés d’une fosse en mai 1945. Un corps fut également retrouvé qui pourrait être celui d’un sous-officier allemand.
Il y avait également, dans la fosse, des restes de corps incinérés ce qui permet d’envisager que des habitants de Saint Long et ses environs trouvèrent la mort en cet endroit où régnait le fameux « commandant François ». Bien plus tard, les purs et durs staliniens espagnols, aussi teigneux, se firent justiciers envers les espagnols trotskystes. Ce qui occasionna une nouvelle épuration tout aussi sanglante. Et selon le mot de Hyppolite Taine, les crocodiles se mangent entre eux, pour qualifier la révolution française.
Nous y reviendrons.
Matériel utilisé : Le Républicain du Midi, journal communiste 20/8/1949. Ce journal avait réussi l’exploit de s’emparer de « L’Indépendant des P.O. ». Pourquoi exploit ? « L’Indépendant » fut considéré par les braves à trois poils, surtout socialistes, de récupérable car ayant « collaboré ». Cet « Indépendant », c’est indéniable, avait poussé la perversion à laisser mourir son directeur en camp de concentration allemand ! Il fallait donc qu’il soit puni.
Mais la pugnacité de ses actionnaires fit capoter l’affaire et « L’Indépendant » reprit sa place dans les P.O. avec les honneurs. Histoire édifiante, mais dans l’air du temps d’alors.
Nous y reviendrons.
Publicité