La femme courait...

Publié le par Josep


Il y a eu, encore, une frêle petite femme d'une vingtaine d'années, assez pauvrement vêtue d'une robe défraîchie, où dominait le rose. C'était la femme - épouse ou maîtresse - d'un journaliste du « Cri du Peuple ».

Et les F.T.P, l'accusaient d'avoir été, par-dessus le marché, la maîtresse de Jean Hérold Paquis. Le Jean Hérold, lui, s'était enfui en Allemagne, comme on sait, et il continuait à étonner le monde en annonçant, aux quatre vents, que l'Angleterre, comme Carthage, serait détruite.

Mais les F.T.P. tenaient sa maîtresse ou une femme qu'ils croyaient telle. C'était déjà ça. C'était comme un peu de lui, sur quoi passer leur rancune, Je crois bien que si Paquis avait eu un chien, et s'ils avaient attrapé ce chien, ils lui auraient fait son affaire, au chien de Paquis. Mais sa maîtresse, pensez donc !

Ils l'ont d'abord gardée quelques jours à l'usine Hispano, où L'Hévéder et Janson étaient déjà de la fête, et ont vu le spectacle par le commencement. Ils l'ont battue, copieusement, à coups de corde. Et elle criait, la pauvre, elle criait. Mais attrape, Paquis ! Puis ils l'ont amenée à l'Institut. Un soir, ils sont venus la chercher, en lui disant que quelqu'un était là, qui était venu déposer pour elle. Et elle est sortie toute contente.

Mais elle a dû vite comprendre, à leur mine, que ce n'était pas pour ça. Et c'était une petite femme qui voulait vivre.Elle leur a échappé, elle a couru en tous sens, dans l'Institut, comme qui cherche une sortie. Les autres couraient après, tiraient dessus. Ils l'ont rattrapée dans l'escalier qui mène aux cuisines et ils l'ont abattue là.

Attrape, Paquis !...

Extrait de "L’Age de Caïn" de Jean-Pierre Abel


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Publié dans Libération 44-45

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