Ravages et tyrannie du résistancialisme

Publié le par Josep

Les campagne électorales, régionales et cantonales, ont ceci de réjouissant de nous offrir un spectacle débile : la gauche, aidée par la droite parlementaire, qui par tous les moyens attaque ce qu’elle feint de prendre pour l’extrême-droite. La cible, le Front National, bien entendu se défend d’appartenir à l’extrême-droite. Un dernier exemple : Hénin-beaumont.
Et c’est ainsi qu’un ancien du Front national, nous a transmis un bulletin de vote du FN où l’on peut lire, d’une quelconque élection : « …X, fils de Résistant ». Aussi « …y, ancien Résistant » et « Z…, ancien Résistant ». Ce qui rappelle irrésistiblement ce fameux Cassagnol, qui sous les préaux d'école, disait à ses futurs électeurs : « …Moi, Cassagnol, ouvrier notaire, fils d'ouvrier notaire, qui à la sueur de mon front…”

Irritation de cet ancien : « …Et, pour bien montrer à la population qu’il n’a rien à voir avec un quelconque pétainisme ou fascisme, le néo-Front National porte haut et fier le drapeau des réfractaires au STO, des résistants, fils de résistants (on peut remarquer en passant que même les rouges ont renoncé à cette référence.) C’est-à-dire des « terroristes » qui s’étant emparés de notre pays et le gouvernant depuis la « libération » l’on conduit dans l’abîme où il gît actuellement et ou il s’enfonce chaque jour davantage. »

C’est l’histoire d’une immense duperie qui remonte aux années 1960, et dont la droite, la vraie, celle qui n’a rien à voir avec le Front national, fait les « frais ». En 1962, octobre et novembre, parut un article de Gilles Mermoz, alors journaliste de « Rivarol », dans la revue les « Écrits de Paris ». A l’éclairage d’alors, sur l’OAS, l’on peut extrapoler et faire une comparaison qui aide à comprendre, un peu, le Front national. En voici quelques extraits : « …Démantelée et vaincue, l’OAS […] du général Salan succombait pour une part en raison de ses propres erreurs, lesquelles consistaient, d’une part, dans sa conception, tant en Algérie qu’en métropole; d’autre part, dans son organisation et notamment dans ses méthodes de recrutement et d’action. Susini, ci-devant chef des étudiants algérois qui […] était devenu l’animateur de la propagande l’OAS, déclarait le 10 juin 1961, dans une conférence de presse clandestine: « Ceux qui ont créé le terme OAS ont voulu rappeler l’existence d’une armée secrète (AS) en France durant la dernière guerre. » Il ajoutait que l’OAS « s’efforçait effectivement de s’organiser sur le modèle même de l’armée secrète que connût la France avec, en particulier, ses sections spéciales, ses groupe de combat, ses bureaux politiques et de propagande. »

En soi, ces références à la dernière guerre mondiale et à la clandestinité gaulliste laissaient pressentir un état d’esprit partisan. Refusant de tirer un trait sur un passé qui divisa et divisait encore les Français, l’OAS s’accordait à établir une continuité gaulliste, à prolonger l’esprit de la Résistance ; cela malgré et contre le général De Gaulle. Aux dires mêmes des dirigeants de l’OAS, le refus de l’armistice et la désertion militaire d’un général en 1940 justifiaient et annonçaient le refus des accords d’Evian et les désertions des officiers. Partant de là, on peut prétendre que toute la propagande et toute l’action de l’OAS en Algérie s’exprimaient, se situaient à l’intérieur d’une sorte de cosmogonie du gaullisme. Au moment du putsch du 22 avril 1961, le colonel Godard avait même cru nécessaire de préciser qu’il restait un « gaulliste oppositionnel ». En vérité, la réflexion de l’ancien chef des maquis de Haute-Savoie de 1944 était beaucoup plus qu’une boutade, c’était l’expression d’une conviction profonde. Ce désir d’ajouter un nouveau chapitre […] en Algérie et contre De Gaulle, à la clandestinité gaulliste de la dernière guerre, de réaliser une nouvelle fois ses formes bureaucratiques d’organisation, d’inscrire en fait dans le « réel » de la guerre d’Algérie le mythe, fabriqué après-coup, d’une résistance ayant libéré la France, découlait des expériences propres aux animateurs de l’OAS, de Godard à Chateau-Jobert. Ceux-ci, et tant d’autres « soldats perdus » à des titres divers, n’avaient-ils pas, en effet, participé à la résistance gaulliste ? Ils en furent marqués de façon indélébile, et, pour certains, peut-être à jamais.

Pour cette raison, en face du général De Gaulle, ils faisaient figure de fils prodigues insurgés contre la volonté du père, dont ils contestaient les dernières décisions dans le domaine de la politique algérienne mais dont ils admettaient toujours et célébraient hautement la vertu exemplaire durant le seconde guerre mondiale. […] On vit le général Salan écrire, dans une lettre ouverte adressée et publiée par «Le Monde», le 20 septembre 1961, qu’il ne ternirait pas son passé et son honneur militaire en « ordonnant un attentat contre une personne dont le passé appartenait à l’histoire de notre nation. »

Dans les tracts, publications et émissions-pirates de l’OAS, le langage « résistanciel » le plus orthodoxe se répandait librement. Par delà son aspect tactique, le choix de ce vocabulaire archaïque, employé encore par la presse communiste, répondait chez les généraux et colonels de l’OAS à un mouvement inconscient de l’âme. Pour dénoncer les tortures exercée par l’équipe spéciale du commissaire Grassien et, plus tard, par les « barbouzes » MPC de la police parallèle, les journalistes Ras et Séguin, de l’organisation, témoignaient d’une prédilection élevée au niveau du complexe, pour les termes « SS gaullistes » et « gestapo gaulliste ». Il aurait été, d’ailleurs, vain de leur faire remarquer qu’une éventuelle référence à la NKVD post-stalinienne aurait mieux correspondu à l’actualité policière. Au demeurant, ce langage, qui impliquait pour définir le présent, une référence à un passé révolu, risquait d’agacer cette partie non négligeable de la population française qui demeurait fidèle au souvenir du Maréchal Pétain, d’une part, et, bien souvent, au concept de l’intégrité territoriale, d’autre part. De fait, ce même langage ne troublait point la gauche métropolitaine répétant à satiété, et finissant elle-même par y croire sincèrement que l’OAS n’était qu’une résurgence du fascisme hitlérien.

Le prétendu programme de l’OAS, que publia « L’Express » en juin 1961 dans l’intention d’inquiéter l’opinion républicaine appartenait, en réalité, au mouvement « Jeune Nation ». La tentation « fractionnelle » de ses militants algérois, entrés à l’OAS au soir du putsch d’avril 1961, apparut un temps lors de la création de l’éphémère « Front Nationaliste », dont le « patron » Michel Leroy, devait être exécuté par l’OAS en janvier 1962. Sanction psychologiquement inévitable de son choix marqué pour une solution de partition mais aussi en raison de ses sentiments fascistes. Car l’OAS en Algérie se voulait républicaine et antifasciste selon les intentions exprimées par le général Salan. Victorieuse et assurée de sa victoire, le serait-elle restée ? Il serait périlleux de se prononcer. Toutefois, en 1961 et 1962, l’OAS s’affirmait antifasciste de cœur et d’esprit sur le territoire algérien. Dans son numéro huit, « Appel de la France », le journal de l’OAS, repoussait l’accusation, la « calomnie » du fascisme.
« Gaulliste », « républicaine » et « antifasciste » donc, l’OAS ne pouvait que provoquer la méfiance des Français, fixés en Algérie, qui avaient eu des sympathies fascistes durant la seconde guerre mondiale. Ainsi, M. Doucelin, visiteur médical à Alger, après quelque dix années de prison et des tortures, ancien militant du PPF de Jacques Doriot, nous narrait un jour comment il avait failli être mis à mal par la foule du Forum au moment du 13 Mai, parce qu’il formulait à haute voix les réserves les plus fondées sur la personne du général De Gaulle.
A la même époque, devant [un] membre du comité de salut public de l’EGA (Electricté – gaz d’Algérie) et correspondant de la publication néo-fasciste « L’Europe nouvelle », le colonel Vaudrey, qui devait plus tard prendre du service dans l’OAS, s’écriait: « Il est absolument inadmissible de mettre en doute les sentiments « Algérie française » du général De Gaulle : le sauveur de la France de 1940 sera encore, en 1958, le sauveur de la France et de l’Algérie française… »

Il s’ensuivit de tout cela et de ses prolongements que, vu l’ambiance, les anciens fascistes refusèrent bien souvent de participer, si peu que ce fût, aux activités de l’OAS, que la presse hostile, pourtant, au mépris de toutes données documentaires, s’évertuait imperturbablement à truffer d’éléments ex-Hitlériens. Ceux qui, exceptionnellement s’y aventurèrent, le firent à leurs risques et périls: X…, un ancien du front de l’Est, avait acquis une certaine notoriété dans l’OAS de Constantine. Or […] le colonel Chateau-Jobert reçu l’ordre supérieur d’éliminer X… au plus vite des effectifs de sa zone OAS. (1)

Pour notre part, correspondant en Algérie d’un hebdomadaire estimé « nostalgique » et pessimiste par les leaders républicains et ex-gaullistes de l’OAS, nous étions informés des activités de l’organisation clandestine que dans la mesure où nous disposions d’antennes personnelles, d’autres moyens de recoupement, et une excellente connaissance des hommes et du terrain. Pendant ce temps, le service de l’information de l’OAS chicanait le ton de notre publication, disait-on, et tentait laborieusement de se ménager la sympathie des reporters figaresques et lazareffiens.

De la sorte, le 25 novembre 1961, le général Salan accordait au « Sunday Telegraph » une interview exclusive qui, une fois publiée, devait provoquer le ressentiment justifié du chef de l’OAS et la consternation des intermédiaires qui avaient été à l’origine de cette entrevue. C’était toujours la classique illusion de l’ennemi qui séduit et qu’on espère en retour, séduire et convaincre. Sentiment qui semble bien enraciné dans une psychologie contemporaine, dont il convient sagement de prendre son parti. […] (2)

En Algérie, la propagande de l’OAS eut ses hauts et ses bas, ses atouts et ses points faibles. […] Mais entendre le « Chant des partisans » précéder l’invite aux Européens d’avoir à lancer des cocktails « Molotov » sur les forces de l’ordre gaulliste n’était pas, toutes réflexions faites, dépourvu d’un certain humour. »

(1)    Robert Martel, alors condamné à mort par l’OAS de Susini, avait dûment informé Château-Jobert sur le double jeu de Susini et des colonels d’Alger. Ce que la plupart des pieds-noirs, encore aujourd’hui en 2009, n’arrivent pas à admettre.
(2)    Ainsi dans les années 90, Pierre Sergent dans « Libération » (19/5/92) appelait Le Pen à épurer le FN des éléments fascistes qui encombrait ce parti. Mais l’on peut comprendre Sergent, lui-même ayant fait partie d’un maquis FTPF lors de l’occupation allemande en France.


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Publié dans Histoire

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