Goncourt : Un continuateur de Shylock
Vendredi 8 septembre (1893)
Un continuateur de Shylock.
Je lis dans la “Tunisie Française” du 2 septembre, ceci.
Un juge - et le récit est fait par le contrôleur civil de la région - dit à un Arabe, assigné par un Juif en paiement d’une somme de cinq à six cents piastres :
" Pourquoi ne veux-tu pas payer ?
- Parce que je ne le puis pas. Quand j’ai emprunté, j’avais une maison, un jardin, un “henchir”, du bétail. Aujourd’hui, cet homme a ma maison, mon jardin, mon “henchir”, mon bétail, et je lui dois encore plus qu’il ma prêté.
- Tu vois bien - dit le juge se tournant vers le Juif - que ce malheureux n’a plus rien… Que veux-tu donc de lui ?
- Je veux, réplique le Juif, qu’il vienne travailler chez moi, sans salaire, jusqu’à ce qu’il se soit acquitté. "
(Edmond et Jules de Goncourt "Journal - Mémoires de la vie littéraire" 1851-1896)
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