Un héros...

Publié le par Josep

Lamentations

 
Je vais vous raconter une histoire bien triste :
Celle d'un garçon pessimiste.
Chaque jour, il allait à l'école.
Il n'y récoltait que des colles…
Jusqu'au jour de malheur,
Où il fut invité à voir le Proviseur.
Et ce fut en pleurant qu'il lui ouvrit son cœur.
- Ah !… vos mathématiques,
Problématiques, peu sympathiques.
Attention aux équations
Et aux fractions…
Y égale X.
C'est la rixe…
Et vos logarithmes
Et algorithmes…
Et puis, c'est l'anglais
Que je ne parlerai jamais…
Car mon gosier est trop étroit.
Pour prononcer ces mots, je crois,
Et les us ou ous du latin…
Du vicaire et des vieilles dévotes
Qui ne comprennent rien de rien
Aux oremus des paroissiens…
Je lui préfère l'argot des "potes"
Et des catins…
L'Espagnol, c'est moins triste, plus drôle.
C'est une langue vivante,
Qui chante et qui m'enchante.
Et puis, j'ai une amie espagnole,
Et ce qui est drôle,
C'est qu'elle s'appelle Rosa, comme en latin,
Dont elle ignore, c'est certain,
Déclinaisons
Et oraisons
 
Jean-Gabriel Sautès
Barcelone, 1949


In Memoriam

En octobre 1953 paraissait un faire-part de décès dans “L’Indépendant des Pyrénées-Orientales”.
 

Jean-Gabriel Sautès
parachutiste du Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés
Croix de guerre des T.O.E. avec palme
Mort pour la France le 22 octobre 1953 en action de combat
à Ky-tan (Centre-Vietnam)



La période des années 1944-45, vit, hélas, bien se perpétrer des injustices. Des enfants durent s'exiler avec leurs parents, et ainsi être arrachés à la mère-patrie. Certains, comme notre héros, moururent en Indochine. Son père exilé en Espagne ne reçut pas l'autorisation d'assister à ses obsèques.

En octobre 1953 paraissait une rubrique nécrologique, dans “L'Indépendant” des Pyrénées-orientales : « Jean-Gabriel Sautès, parachutiste breveté du Groupement des commandos mixtes aéroportés (1). Médaille militaire, croix de guerre des TOE avec palme. Mort pour la France le 22 octobre 1953 en action de combat à Ky-tan (Centre-viet-nam) à l'âge de 20 ans. ».

Un ami de la famille Sautès, tint quelques années après à apporter ces précisions : « Neuf ans après les massacres et les cours d'injustice de la “libération”. J'ai connu, admiré, aimé le père de ce héros. C'était Fernand Sautès, admirable combattant de la guerre de 1914. Engagé volontaire, blessé, décoré. Il était un rédacteur de notre journal le “Roussillon” (2). ses chroniques alertes et courageuses nous enchantaient, sa qualité, son audace tranquilles nous entraînaient dans le combat des idées. Je le revois svelte, hilare, au milieu de la foule qui s'écoulait lentement à la sortie du Nouveau-théâtre, son fils, un bambin juché sur ses épaules chantait de sa voix enfantine “Et vive le Roi, à bas la république, la gueuse on la pendra…”

Lors des tueries de la “libération”, il a pu se réfugier à Barcelone… C'est à cet homme exemplaire à qui le gouvernement de 1953 a refusé un sauf-conduit pour assister aux obsèques de son fils, mort pour la France. Mon ami F. J., comme nous l'appelions, est mort non loin de nous en Espagne, en exil. Le 22 octobre, mes pensées, mes prières seront pour ces héros, le père et le fils, dont l'exemple m'exalte, me guide et dont le souvenir me poursuit et m'afflige. »

Ô ! ingrate Patrie ! Ma chère Patrie, mère de nos espérances.

En mai 1954, un ami de la famille Sautès, ému par le malheur qui s'acharnait sur cette famille, fit une relation du procès de l'injustice qui sévissait, alors, en France : « Je fis sa connaissance à Barcelone, il y a quelques années dans un petit café des Ramblas. On me le présenta comme un confrère. Il avait écrit jadis dans un hebdomadaire français de droite. Maintenant il vivait en Espagne et collaborait comme rédacteur de politique étrangère à un quotidien de la ville. J'appris plus tard qu'il était condamné à mort par contumace pour avoir écrit des articles jugés collaborationnistes par quelque cour de justice où la passion négligeait quelquefois les preuves. Le temps passa. Un jour je fus avisé que le tribunal militaire de Bordeaux venait d'acquitter à l'unanimité celui qu'une cour d'exception avait frappé de la peine capitale. Des officiers français avaient constaté le néant de l'accusation montée de toutes pièces par des partisans. Je me réjouis de cette décision comme tout honnête homme doit le faire lorsque la justice reconnaît une erreur et la corrige. ». (3)



Notes :

(1) En fait le service “action” des services de renseignements : « Mes fonctions me font un pénible devoir de vous annoncer le décès de votre fils survenu le 22 octobre 1953. Sa conduite, son courage resteront un exemple pour tous. Il a servi de toute son âme sa patrie ; son nom s'inscrira à jamais dans la mémoire de ses compagnons d'armes et de combat. Soyez courageux, Monsieur, certes votre malheur est grand, mais la seule consolation à votre peine sera de savoir que votre fils est mort en brave pour une cause juste et a ainsi apporté sa contribution totale à la Gloire du Corps expéditionnaire français en Indochine. » Lt. col. Trinquier (23 novembre 1953).

(2) Journal royaliste. J'ai souvenance de l'un de ses animateurs, un homme charmant, M. Ripoull, qui demeurait rue du “14 juillet” !

(3) “La Dépêche de Toulouse” 13 mai 1954

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Publié dans Histoire

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