L’allergie de Jean-Michel Aphatie aux « petits candidats » n’est pas nouvelle. C’est ainsi par exemple que le 22 juin dernier, dans sa chronique quotidienne du « Grand journal », il s’emportait au sujet de la candidature de Christine Boutin [1] :
« Très fort ! Quelles sont les chances de Christine Boutin d’être élue présidente de la République ? Nulles ! Zéro ! En 2002, elle a fait 1,9% des voix ! Zéro chance d’être élue présidente de la République ! Mais elle s’en moque ! Parce que Christine Boutin, elle ne veut pas être présidente de la République, elle veut être candidate à la présidence de la République ».
Et d’aligner, un à un, les « petits candidats », entre autres Philippe Poutou (« Je connais son score lui : 0,0005%, peut-être ! »), Nathalie Arthaud (« Ca va pas peser lourd, ça non plus, mais on s’en fout ! ») ou Frédéric Nihous (« Il s’en fout lui, d’être président de la République, c’est pas son problème ! »). Et de conclure : « C’est n’importe quoi. […] Ne devraient être candidats que ceux qui ont envie d’être président […], qui ont la possibilité de l’être ». Au moins c’est dit. Le pluralisme, c’est mieux à deux. Ou éventuellement à trois. Mais au-delà, c’est la gabegie. Heureusement, Jean-Michel Aphatie veille.
Il a donc remis ça le 31 janvier dernier, toujours sur le plateau du « Grand journal », en s’en prenant cette fois au candidat Jacques Cheminade. Ce dernier vient d’annoncer qu’il a en sa possession les 500 parrainages nécessaires pour déposer sa candidature. C’en est trop pour Jean-Michel Aphatie :
« C’est incroyable que vous ayez les signatures. C’est incroyable… Vous devez être le prototype du candidat inutile dans cette campagne. Totalement inutile. Et que des maires, que des gens élus vous donnent une signature c’est incroyable. Je sais pas comment vous les avez. Je sais pas comment vous faites, si vous avez un numéro de fakir mais c’est incroyable. Incroyable ».
Ce qui est incroyable, c’est surtout le mépris affiché par Jean-Michel Aphatie. Qui ne s’arrête pas là, comme en témoigne ce court extrait vidéo :
« On se marre ». Pas vraiment. Et surtout pas autant que lorsque le fougueux Jean-Michel Aphatie s’en est pris, le 20 janvier dernier sur LCI, à la règle de l’égalité du temps de parole sur les médias audiovisuels entre les candidats lors de la campagne officielle, « une bêtise française incroyable » selon lui. Et pour ne pas être obligé d’interviewer des « candidats inutiles », il est prêt à tout :
« Je voudrais qu’il y ait une révolte, des manifestations de journalistes, qu’on aille devant le siège du conseil constitutionnel ». Jean-Michel Aphatie favorable à la « révolte » et aux « manifestations » ? Oui, mais de journalistes bien sûr ! Et de poursuivre avec la même verve : « [Je voudrais] que deux ou trois confrères courageux fassent la grève de la faim ». Carrément ! Et de préciser aussitôt : « Pas moi, hein… Mais je voudrais tout ça ». Nous voilà rassurés… Et de défier Christine Kelly du CSA, présente sur le plateau de LCI : « Je pense que je vais violer la loi pendant un mois ». C’est beau.
Celui qui confessait sur son blog le 9 mars 2010 que « pour qu’une campagne électorale soit intéressante, il faut juste attendre d’avoir les résultats du premier tour » a donc enfin trouvé son combat : empêcher de s’exprimer ceux qu’il estime ne pas avoir voix au chapitre lors de la campagne présidentielle. Une noble cause pour un intervieweur qui, comme nous le soulignons dans le portrait que nous lui avons consacré dans le numéro 2 de Médiacritique(s) (toujours en vente, ici), est aussi inflexible avec les « petits » qu’il est souple avec les puissants. Comme lorsqu’il s’est récemment inquiété des « souffrances » de Claude Guéant, le jour où Libération l’avait comparé, en « Une », aux Le Pen : « Vous souffrez de l’image qui est la vôtre dans le débat public ? Vous souffrez ? » [2] Touchant.
Ne doutons pas que ce courageux combat contre le pluralisme sera mené dans l’ensemble des médias dans lesquels Jean-Michel Aphatie s’exprime : RTL, Canal plus, son blog, et désormais… Gala, dans les pages duquel le fougueux journaliste tiendra désormais une chronique hebdomadaire. Nous aurons probablement l’occasion de revenir sur cet exercice d’un genre nouveau pour celui qui se défend d’être un cumulard, et de nous interroger sur l’utilité d’un « journaliste politique » qui rejoint un hebdomadaire people pour y commenter l’actualité électorale sous la forme… d’un « roman-photo » (sic).

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